Accueil › Guides › Auto-entrepreneurs et créateurs › Cumul micro-entreprise et salariat : votre RC pro couvre-t-elle vraiment votre activité ?

Cumul micro-entreprise et salariat : votre RC pro couvre-t-elle vraiment votre activité ?

Environ un tiers des micro-entrepreneurs français exercent également une activité salariée à titre principal, selon les dernières publications de l'Urssaf. Ce cumul, en apparence bénin, ouvre un trou de couverture assurantielle que la plupart des intéressés ne détectent qu'au premier sinistre. La logique est simple à formuler, et brutale à comprendre : ni la responsabilité civile de votre employeur, ni votre responsabilité civile vie privée, ne prennent en charge les dommages causés dans le cadre de votre activité indépendante. Seule une RC pro dédiée, souscrite à votre nom et déclarée sur le bon périmètre, couvre les préjudices qui surviennent le week-end ou le soir, quand vous n'êtes plus salarié.

Deux profils concentrent l'essentiel des situations à risque : le cadre du privé qui développe une activité freelance en complément, typiquement dans le web, le design ou le conseil, et l'agent de la fonction publique qui exerce une activité accessoire autorisée, coaching, formation, expertise. Les questions qu'ils doivent se poser ne sont pas identiques, mais elles se recoupent sur l'essentiel.

La RC de l'employeur ne vous suit pas hors des heures ouvrées

La responsabilité civile de l'employeur, souscrite au titre de l'entreprise qui vous salarie, couvre les dommages causés aux tiers par ses préposés dans l'exercice de leurs fonctions. Le mécanisme est celui de l'article 1242 alinéa 5 du Code civil : le commettant répond des fautes commises par ses préposés dans l'exercice des fonctions auxquelles il les emploie.

Deux critères déterminent la couverture. Le premier est le lien de subordination : l'assurance de l'employeur ne joue que pour les actes accomplis sous son autorité et dans l'accomplissement de la mission confiée. Le second est le rattachement à la fonction : la Cour de cassation, chambre plénière, arrêt du 19 mai 1988 et lignée constante, exclut la garantie lorsque le préposé a agi hors des fonctions auxquelles il était employé, sans autorisation et à des fins étrangères à ses attributions.

Votre activité freelance échoue systématiquement au deuxième test. Vous exercez sans lien de subordination avec votre employeur, en dehors de ses locaux, sur du matériel personnel, pour des clients qui ne sont pas les siens. Aucune assurance de responsabilité civile souscrite par lui ne couvre ce périmètre. La question ne se pose même pas en discussion, elle est réglée en amont par la définition légale du préposé.

La RC vie privée exclut explicitement le professionnel

La garantie « responsabilité civile vie privée » incluse dans votre multirisque habitation ou souscrite à part opère de façon symétrique. Elle couvre les dommages causés aux tiers dans le cadre de votre vie personnelle et familiale : votre enfant, votre animal, vos activités de loisirs, vos déplacements privés.

Toutes les MRH du marché contiennent une exclusion expresse des dommages liés à une activité professionnelle, rémunérée, lucrative ou exercée à titre habituel. Les formulations varient, la portée est identique. Cette exclusion ne fait pas de distinction entre activité principale et activité accessoire, entre statut salarié et statut indépendant, entre chiffre d'affaires faible et chiffre d'affaires élevé. Elle repose sur la nature de l'acte au moment du dommage.

Un développeur cadre en semaine et freelance le samedi matin qui casse l'ordinateur d'un client lors d'une intervention à domicile ne mobilise ni la RC de son employeur, ni la RC vie privée de sa MRH. Un agent territorial qui donne des cours de yoga en micro-entreprise deux soirs par semaine et dont une élève se blesse pendant une posture ne mobilise ni la RC statutaire de sa collectivité, ni la RC de sa MRH. Dans les deux cas, l'intégralité du préjudice reste à la charge personnelle de l'intéressé, sauf souscription préalable d'une RC pro dédiée.

Ce qu'il faut vérifier côté employeur avant de souscrire

Le trou de couverture n'est que la moitié du problème. L'autre moitié tient aux règles internes qui encadrent le cumul d'activités, et qui varient selon que vous relevez du secteur privé ou de la fonction publique.

Dans le secteur privé, le principe est celui de la liberté du travail. Un salarié peut, en dehors de ses heures de travail, exercer toute activité qui n'entre pas en concurrence directe avec son employeur et qui respecte son obligation de loyauté prévue par l'article L1222-1 du Code du travail. Trois points de vigilance méritent une lecture attentive du contrat de travail :

Une activité freelance déclarée en connaissance du contrat, sur un périmètre qui ne heurte ni la loyauté ni la concurrence, est licite. Son assurance est votre affaire, pas celle de l'employeur.

Dans la fonction publique, la matière est régie par les articles L123-1 et suivants du Code général de la fonction publique, qui reprennent la loi Le Pors du 13 juillet 1983. Le principe est celui de l'interdiction du cumul, avec des dérogations strictement encadrées. Les activités accessoires autorisées, listées par l'article R123-8 du même code, comprennent notamment les enseignements et formations, les activités agricoles, l'aide à la personne, certaines expertises. L'exercice suppose une autorisation préalable de l'autorité hiérarchique, sur demande écrite précisant la nature de l'activité, son volume horaire et sa rémunération. Le régime spécifique de la micro-entreprise ouvre un cas particulier prévu par la loi.

L'autorisation ne dispense pas d'assurance. Elle en est même souvent le préalable, plusieurs administrations exigeant l'attestation de RC pro avant de valider la demande de cumul.

Ce qu'il faut déclarer côté assureur pour être couvert

La RC pro couvre l'activité déclarée, dans le périmètre déclaré, pour le chiffre d'affaires déclaré. Toute inexactitude sur l'un de ces trois éléments peut ouvrir à l'assureur les mécanismes de sanction prévus par les articles L113-8 et L113-9 du Code des assurances, respectivement la nullité pour fausse déclaration intentionnelle et la réduction proportionnelle d'indemnité en cas d'omission ou de déclaration inexacte non intentionnelle.

Trois vérifications s'imposent au moment de la souscription et à chaque renouvellement.

L'intitulé exact de l'activité. Un cadre en informatique qui déclare « conseil en organisation » sur son immatriculation Urssaf et « développement web » à son assureur crée un décalage exploitable en cas de sinistre. La cohérence entre la déclaration Urssaf, l'objet des factures émises et le libellé du contrat d'assurance doit être totale.

Le chiffre d'affaires prévisionnel. La plupart des contrats RC pro sont tarifés par tranche de chiffre d'affaires. Dépasser la tranche déclarée sans en informer l'assureur peut entraîner une régularisation en fin d'exercice, mais peut aussi être analysé comme une aggravation du risque non déclarée si le dépassement est massif. Un ajustement en cours d'année, par simple avenant, coûte moins cher qu'une réduction proportionnelle d'indemnité sur un sinistre.

Le périmètre géographique et le type de clientèle. Une clientèle exclusivement française ne se paie pas comme une clientèle européenne ou internationale, et une clientèle B2C n'appelle pas les mêmes plafonds qu'une clientèle B2B. Le cadre freelance qui accepte occasionnellement une mission à l'étranger doit le signaler.

L'essentiel à retenir

Questions fréquentes

Mon employeur m'a signé une autorisation de cumul écrite. Suis-je couvert par sa RC pour mon activité freelance ? Non. L'autorisation de cumul est une décision de ressources humaines qui vous permet légalement d'exercer une seconde activité sans manquer à vos obligations de salarié. Elle ne modifie ni le périmètre de la responsabilité de votre employeur, ni celui de son contrat d'assurance. Vous restez seul responsable des dommages causés dans le cadre de votre activité indépendante et vous devez souscrire votre propre RC pro pour vous en couvrir.

Je fais 3 000 euros de chiffre d'affaires par an en freelance à côté de mon salaire. Une RC pro est-elle vraiment nécessaire ? Le seuil de chiffre d'affaires n'a aucune incidence sur l'exposition à un sinistre. Un unique projet de 500 euros peut générer un préjudice à cinq chiffres pour le client final. La question n'est pas le volume d'activité, mais la nature du dommage possible : une mission d'audit ou de conseil, même occasionnelle, peut engager une responsabilité substantielle. Le tarif d'une RC pro calibrée pour un faible chiffre d'affaires reste modique, souvent entre 150 et 300 euros par an.

Je suis fonctionnaire et j'ai obtenu l'autorisation d'exercer une activité accessoire. Mon administration m'assure-t-elle pour cette activité ? Non. La protection fonctionnelle prévue par l'article L134-1 du Code général de la fonction publique ne joue que pour les actes accomplis dans l'exercice des fonctions publiques. Votre activité accessoire, quand bien même elle est autorisée, en est exclue par définition. Certaines administrations conditionnent d'ailleurs l'autorisation à la production préalable d'une attestation de RC pro, ce qui confirme l'absence de couverture par l'employeur public.

Faire ma demande de devis RC pro 03 85 22 99 00

À lire aussi